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Tintin au pays des Maharadjahs
“Que peut-il bien y avoir entre Tintin, moi et ce garçon de Calcutta ?” se demanda Hergé en recevant la lettre d’un tintinophile indien.
Hergé pourrait trouver aujourd’hui quelques réponses à cette énigme…




Parmi ses nombreux voyages, Tintin s’arrête en Inde à trois reprises.
La première fois, à la poursuite de trafiquants de drogue, il atterrit par hasard au Rawhajpoutalah (Les Cigares du Pharaon, Le Lotus Bleu, 1932) où il rencontre le maharadjah. Dans Tintin aux Indes, il résout le problème du diamant bleu à Padhakore. Moins connue que les albums, la pièce de théâtre Tintin aux Indes ou le mystère du diamant bleu a été écrite en collaboration avec Jacques Van Melkebeke et jouée au Théâtre des Galeries, à Bruxelles, les 15 et 17 avril ainsi que les 1er et 8 mai 1941. Le diamant du Maharadjah de Padhakore a disparu. Après un séjour chez le maharadjah, Tintin le retrouvera... en Syldavie ! Cette intrigue fut inspirée à Hergé par la légende du diamant “Hope”, connu pour porter malheur à ses propriétaires…
Sa dernière visite, dans Tintin au Tibet (1959) se fait à l’occasion d’une escale à New Delhi, en partance pour le Tibet. Tintin et le Capitaine Haddock prennent le temps d’admirer le Fort Rouge et le Qutub Minar. Ils empruntent ensuite tout naturellement la compagnie aérienne Air India pour se rendre au Népal. Soucieux du réalisme, Hergé avait initialement emprunté le nom de la compagnie Indian Airways pour l’avion de Tchang qui s’écrase au Tibet. C’était sans compter les représentants de la compagnie Indian Airways venus se plaindre de la mauvaise publicité en faisant porter à l’avion DC – 3 accidenté le nom et les couleurs de sa compagnie. Hergé a donc dû le renommer “Sari Airways”, un nom purement fictif.




Tout cela était au départ destiné au lectorat occidental avide d’exotisme. Mais aujourd’hui notre petit reporter semble s’être établi en Inde, et pour longtemps. Dans les années 80, le magazine bengali Anandamela est le premier à accueillir Tintin dans ses pages. Plus tard la maison d’édition de ce dernier, “Ananda Publishers” devient le premier éditeur des albums de Tintin en Bengali, première langue indienne parlée par le reporter. Les albums étaient déjà disponibles en anglais (grâce aux éditeurs Metheun et Magnet) seul “Tintin au Congo” avait été mis à l’écart pour certaines raisons évidentes et bien justifiées… Une preuve anecdotique de cette première reconnaissance de Tintin au Bengale est fournie par le cinéaste Satyajit Ray : dans son film “Forteresse d’Or.” La couverture de Tintin au Tibet apparaît discrètement dans le décor. Ray était un tintinophile célèbre au Bengale.
Plus récemment, les albums connaissent un succès toujours croissant avec des traductions en hindi, malayalam, et tamoul. Le petit reporter, déjà bien connu dans les villes, fait alors son entrée dans le monde rural indien.




Le secteur de l’audiovisuel prend également le relais. Les chaînes de télévision telles que Zee Café, Zee T.V., Doordarshan et Asianet connaissent un vif succès en diffusant les dessins animés. La société d’édition “Star Entertainment” et le distributeur vidéo “Shethia Audio vidéo – Gypsy vidéo” affichent leur satisfaction des chiffres de vente des divx’s et DVDs. Contrairement aux villes où la diffusion a déjà atteint le niveau de saturation, la cible de Tintin réside aujourd’hui dans les petites villes et les villages où les gens sont curieux. Entre 1,7 $ le divx et 6,8 $ le DVD (de deux titres) le prix reste abordable pour la classe moyenne qui a un pouvoir d’achat de plus en plus élevé.
L’Inde représente donc un marché important pour Tintin et la bande dessinée occidentale. Mohamed Bendjebbour, attaché d’audiovisuel français en Inde, affiche ainsi sa volonté d’apporter son aide à la commercialisation de Tintin en Inde, ainsi qu’au sous-titrage des films*. Mais où sont passés les représentants belges en Inde ? Tintin connaîtra-t-il le sort des héros belges, qui, tel Hercule Poirot sont systématiquement pris pour des français ? En Inde Tintin est déjà passé au panthéon des figures françaises célèbres, aux côtés de Napoléon, et de François Mitterrand…!
Autre clin d’oeil de l’Inde à Tintin : lors de la Lakme fashion Week en 2005, le créateur Indien J.J. Valaya a présenté sa collection de 59 vêtements comme un hommage à Hergé, divisée en trois catégories : Prisoners of the Sun (inspiré du Temple du Soleil), le Bashi Bazouk et Tintin in Tibet. Le premier est basé sur des motifs péruviens en noir et ivoire, brodés avec des perles. Le deuxième évoque l’armée Ottomane, et le dernier est un travail sur les corsets, la soie et les imprimés aux couleurs vives rappelant le Tibet.




Parmi les fans insatiables de Tintin au Bengale, une rumeur court toujours : Hergé aurait voulu écrire Tintin à Calcutta … Et si c’était vrai ?



Nomenclature indienne d’Hergé :


Khouttar : poignard indien
Radjaidjah : le poison qui rend fou
Sahib : monsieur
Çiva : le dieu Shiva

Jurons indiens : “Par le Babluth sacré”, “Par Brahma”,

Les fakirs : Le Fakir diplômé (Les Cigares du Pharaon),
Le Fakir Cipaçalouvishni (Le Lotus bleu),
Le fakir Caudebathimouva Thoubva (Tintin aux Indes)
Ragdalam le fakir (le magicien/ hypnotiste) et madame Yamilah d’Hambalapur, décorée de l’ordre de naja rose, yogi Chandra Patnagar Rabad. (Les 7 boules de cristal)




Troupe de ballet : The Great Hindou Ballet of Padhakore (Tintin aux Indes)

Transports : Rampura (bateau dans Tintin aux Indes) SS Ranchi (Bateau Indien dans Le Lotus bleu), Indian railways, Air India, Indian Airways

Lieux : New Delhi (Fort Rouge et Qutub Minar, Rajghat), Gare d’Arboujah Train Sehru – Arboujah, Rawhajpoutalah, Padhakore (lieux imaginaires)




Personnages :

Maharadjah de Rawhajpoutalah
Maharadjah de Padhakore
Badapour (Premier Ministre de Padhakore)
Dourka (Ministre de Padhakore)

Personnages de l’Inde coloniale :

Dr Finney : docteur anglais
Mr. Peacock : le pasteur anglais
Mr & Mrs Snowball
Écrivain Zlotzky (l’écrivain)
Doctor and Mme Nicholson
Syldavian ambassador Count Koulansky
L’archéologiste sourd Chippendale et sa femme.


Remerciements :

Association Les Amis de Hergé (Stéphane Steeman, et un grand merci à Gerald De Winter)
Hergé/Moulinsart (images)
Romain Delorme (photos murales Mussoorie, Inde)

Références :

Tintin : Le rêve et la réalité : Michael Farr
L’entretien avec Hergé : Numa Sadoul
Journal Les Amis de Hergé n° 23
* Entretien de M. Bendjebbour (dans le journal The Tribune 20 août 2005)
Site du designer Valaya : http://www.valaya.com


exposition Hergé
du mercredi 20 décembre 2006 au 19 février 2007 de 11h00 - 21h00
Centre Pompidou, Place Georges Pompidou, 75004 Paris, Hôtel de Ville
Téléphone : 01 44 78 12 33
Site : www.centrepompidou.fr
Auteur
Sougata Bhattacharya
Date
10/12/2006