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Interview de Park Heung-shik : de l’astronomie à la réalisation de “My Mother the Mermaid”
Avez-vous toujours rêvé devenir réalisateur ?

Non pas vraiment. En fait lorsque j’étais jeune je voulais devenir astronome. Je ne m’intéressais pas encore au cinéma. J’ai choisi l’astronomie comme spécialité à l’université. Mais c’est aussi à cette époque-là que j’ai commencé à faire du théâtre. Et mon rêve a changé. Je voulais devenir acteur mais j’ai vite compris que ce métier-là est basé sur l’apparence, et donc je me suis tourné vers la mise en scène. J’ai eu la chance d’être choisi par la “Korean Culture and Arts Foundation” parmi dix autres étudiants pour réaliser des courts métrages. En un an j’ai tourné en tout 8 courts métrages. J’ai ensuite été assistant réalisateur durant six ans avant de pouvoir enfin réaliser mon premier long métrage.


Comment avez-vous eu l’opportunité de réaliser votre premier long métrage “I Wish I Had a Wife” ?

Avant de passer à la réalisation j’étais second assistant réalisateur sur le film “Christmas in August” réalisé par Hur Jin-ho. Le film a connu un très grand succès en Corée, remportant de nombreux prix (NDR : “Blue Dragon Awards”, “Flanders International Film Festival”, “Pusan International Film Festival” et “Vancouver International Film Festival”). Le producteur du film m’a alors proposé de réaliser mon premier long métrage. J’avais en tête une histoire basée sur la vie d’un petit garçon. Mais le producteur n’a pas trouvé cette idée très commerciale. Alors j’ai décidé de raconter une histoire d’amour et ce projet de film est devenu “I Wish I Had a Wife” (en sélection au festival de Lyon en 2002). Une option plus lucrative pour la société de production surtout que les deux acteurs principaux étaient alors très connus en Corée : Sol Kyung-gu (NDR : vu ensuite dans “Oasis” réalisé par Lee Chang-dong) et Jeon Do-yeon .

Aujourd’hui votre troisième long métrage sort en Corée, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce film ?

Mon histoire de petit garçon je ne l’ai pas oubliée puisqu’il s’agit du sujet de mon troisième film, “Eomma eolgul yeppeunneyo”. Ma principale source d’inspiration pour ce film c’est “Les Quatre cents coups” de François Truffaut, mon réalisateur français préféré. L’histoire se rapproche beaucoup de celle du film de Truffaut. J’espère que mon film pourra un jour sortir en France.


Revenons à présent à “My Mother the Mermaid” présenté en première française au festival, pourquoi avoir décidé de raconter à nouveau une histoire d’amour ?

Je ne pense pas que mon film s’apparente vraiment à une histoire d’amour comme “I Wish I Had a Wife”. Je raconte plutôt l’histoire d’une mère et de sa fille. Le film a aussi un rapport très important au temps. La mère de cette jeune fille a beaucoup changé avec les années, elle a perdu de sa beauté, et, sa vie est devenue plus compliquée. Comme sa fille, quand elle était jeune elle avait beaucoup de rêves. Elle vivait pauvrement sur une petite île et a rencontré l’amour un peu par hasard. La fille dit à un moment qu’elle ne se souvient pas d’un instant de bonheur entre ses parents. C’est de ce bonheur dont parle le film. Ma démarche n’était pas la même que sur mon premier long métrage.

La musique joue un rôle fondamental dans ce film, comment avez-vous travaillé avec le compositeur ?

Je lui ait raconté comment je ressentais la musique pour ce film. La musique nous rappelle souvent le souvenir d’un événement passé. La musique a donc aussi un lien très fort avec le temps. Cette jeune fille est très attachée à ses parents même si elle ne le montre pas forcément. Et ce qu’elle revit lors de ce voyage est très fort émotionnellement. D’où l’importance d’avoir une musique qui colle avec cet esprit nostalgique.


Peut-on parler d’un voyage dans le temps ?

Non pas vraiment. Ce n’est pas un film de science-fiction. Chacun peut l’interpréter comme il veut mais pour moi ce film parle avant tout d’une jeune fille qui fantasme l’histoire d’amour entre ses parents. C’est une sorte de rêve. Elle cherche à retrouver le bonheur et la sérénité. Pour ça elle entreprend ce voyage jusqu’à l’île natale de ses parents et laisse son imagination vagabonder. De quelques photos, elle imagine comment ses parents se sont aimés.

Parlons de l’île où le film a été tourné…

Il s’agit d’une île volcanique qui est restée très rurale. Les volcans ont donné à l’eau une couleur très particulière. Je suis très attaché à cette île, ma mère y a grandi. Les habitants vivent surtout d’agriculture, de pêche. Le choix de tourner sur cette île s’est imposé naturellement.

Quel regard portez-vous sur l’évolution récente du cinéma en Corée ?

Le premier point c’est qu’aujourd’hui les films coréens ont des budgets beaucoup plus importants qu’auparavant. Notre pays produit chaque année une très grande quantité de films. Mais le cinéma coréen manque cruellement de diversité. C’est inquiétant pour l’avenir de notre industrie cinématographique. Aujourd’hui beaucoup de longs métrages sont ouvertement “commerciaux” au détriment de la diversité culturelle de notre pays.


Pour terminer, quel est votre sentiment à propos de la réaction du public hier soir à la projection de “My Mother the Mermaid” ?

Je suis très satisfait de la réaction des spectateurs. Mon but c’est que “My Mother the Mermaid” ne porte plus l’étiquette “cinéma coréen”. Ma démarche est plus universelle et les interrogations du public me confortent. Encore une fois, pour casser l’image du cinéma coréen, je pense qu’il faudrait une plus grande diversité de films.


Propos recueillis par Jérémy Pontal dans le cadre du 11e Festival de Cinémas & Cultures d'Asie de Lyon, le samedi 12 novembre 2005. Photos de Sylvain Garassus.
Tous les droits sont exclusivement réservés. Aucune reproduction partielle ou complète ne pourra être autorisée sans l'entier aval de son auteur.
Auteur
Jérémy Pontal
Date
01/05/2006